Les coups de coin : komoku, takamoku et mokuhazushi

Rappelez vous du proverbe :

Le coin est d’or, le bord d’argent et le centre est un jardin publique.

Celui-ci avait été introduit dans l’article « Jouer ses premières parties » où j’avais expliqué que lors d’une parties de go, la plupart du temps les premiers coups se jouent dans le coin. Dans cet article, nous allons présenter trois coups usuels de coin et pour chacun une suite de coups intéressante à jouer.

Le komoku :

C’est un des coups les plus joués dans le coin, il est situé sur le point 3-4 (ou 4-3) du goban. C’est un coup assez territorial, qui vise un bord en particulier.

On peut voir ici que ce coup est plus proche du bord supérieur que du bord droit. C’est parce qu’il vise à construire un territoire dans le coin et le bord supérieur. Noir peut ensuite « verrouiller » le coin en y rajoutant un coup, comme sur le diagramme ci-dessous. On dit qu’il effectue un shimari, mot japonais pouvant se traduire par fortification.

On voit sur le diagramme ci-dessus que noir, avec seulement deux coups,  a construit une bonne position dans le coin qui lui permet d’entourer grossièrement 12 points. Comme c’est un bon résultat pour lui, blanc va très souvent essayer d’empêcher noir d’obtenir une telle position en approchant le coin.

Après un shimari, noir peut viser un autre point pour étendre son territoire, représenté par la pierre marquée dans le diagramme suivant :

Pourquoi une telle pierre est-elle intéressante pour noir ? et pourquoi ici sur le bord supérieur et pas le bord droit ?

Tout simplement parce qu’à partir d’une telle position, noir a ensuite un très bon coup permettant de faire une forme de « boîte » et entourer un large territoire, comme sur le diagramme suivant :

Si noir décide de faire la même technique sur le bord droit cette fois ci, la position ressemblerait à celle du diagramme suivant. Dans ce cas, on voit que la forme de noir est plus ouverte que celle précédente et donc que le territoire entouré est beaucoup moins sûr. Sa forme est moins efficiente ! C’est pour ça que ce côté est moins important pour noir.

Après ces différents exemples, on peut comprendre que blanc veuille essayer d’empêcher noir de développer une telle formation. Pour ce faire, il peut jouer proche des points où noir désire jouer.

Lorsque noir n’a que sa pierre sur le komoku, blanc peut l’approcher comme sur le joseki suivant, en jouant le coup 1. Blanc empêche ainsi noir de former un shimari. Ensuite, avec le coup 2, noir empêche blanc de venir dans le coin. Blanc essaie alors avec le coup 3 de maintenir noir dans le coin et vise à se développer sur le bord droit. Noir protège sa pierre 2 avec le coup 4, blanc protège ses deux pierres avec le coup 5. Puis noir joue le coup 6 pour se développer sur le bord supérieur, et blanc joue le coup 7 pour se développer sur le bord droit.

Ici, noir conserve son coin, mais il aura plus de mal à développer un grand territoire et blanc a pris une position sur le bord droit. C’est un échange équitable pour les deux joueurs.

Lorsque noir a déjà un shimari, blanc peut tout simplement jouer sur le milieu du bord visé par noir, comme sur le diagramme suivant avec la pierre blanche 1 !

Ainsi, noir aura plus de mal à se développer sur ce bord. Le coup blanc 1 est souvent très important pour empêcher la position noir en forme de « boite ».

Le takamoku :

C’est un coup assez peu joué dans le coin comparé au hoshi et au komoku, car il vise avant tout à construire des points sur le bord et non dans le coin. Il correspond au point 5-4 (ou 4-5) du coin, représenté par le coup noir dans le diagramme suivant.

Comme dit précédemment, c’est un coup qui vise plus le territoire du bord, surtout celui vers lequel il est dirigé ( le bord droit sur le diagramme précédent). De plus, de part sa position haute, c’est un coup porté vers l’influence. Noir attend ici que blanc rentre dans le coin pour pouvoir le confiner et construire de l’influence vers le bord et le centre.

Si blanc ne fait rien cependant, noir peut fermer le coin avec un deuxième coup, comme sur le diagramme suivant :

Il forme alors un shimari dans le coin qui est plus ouvert sur le bord droit que celui vu précédemment avec le komoku, et donc plus facile à envahir pour blanc. Comme précédemment, noir vise à faire une extension sur le bord supérieur en vue de contruire un territoire en forme de « boite ».

Pour bloquer la formation d’un telle shimari, blanc réduire le potentiel de noir dans le coin, comme sur le joseki très simple du diagramme suivant :

C’est un joseki où blanc vient réduire le coin noir tout en construisant une position sur le bord supérieur. Noir conserve des points dans le coin, puis s’étend sur le bord droit. C’est un joseki qui permet d’éviter des complications pour blanc, qui surviendraient si blanc envahirait directement sur le point du komoku, en dessous du takamoku. Voici le joseki qui pourrait survenir dans un tel cas (les complications arrivent avec le coup noir 4) :

Ce joseki est un joseki de combat, car ensuite blanc est séparé en deux groupes qui devront se battre pour survivre. C’est pour ça que  le premier joseki est plus indiqué dans un premier temps, car il est plus simple et évite des complications.

Le mokuhazushi :

C’est également un coup assez peu joué dans le coin comparé au hoshi et au komoku, car il vise avant tout à construire des points sur le bord et non le coin. Il correspond au point 5-3 (ou 3-5) du coin, représenté par le coup noir dans le diagramme suivant.

Comme dit précédemment, c’est un coup qui vise plus le territoire du bord vers lequel il est dirigé ( le bord droit sur le diagramme précédent) que le territoire du coin. De plus, de part sa position basse, c’est un coup porté vers le territoire, et non l’influence comme le takamoku.  Noir vise ici à s’étendre sur le bord droit ou construire un shimari dans le coin comme sur le diagramme suivant :

On retrouve ici le shimari vu dans la partie sur le komoku. Pour éviter que noir obtienne une telle formation, blanc peut venir dans le coin comme sur le joseki suivant :

Ici, blanc prend une position sur le bord supérieur et le coin, noir construit de l’influence vers le bord droit. Ensuite, il vise à faire une extension sur le bord droit pour construire du territoire. Une des continuations de ce joseki peut être la suivante :

C’est une continuation longue ici où, après que noir ait effectué une extension sur le bord droit avec le coup 6, blanc essaie au maximum d’empêcher noir de construire un mur plus grand tout en confinant blanc sur le bord. Pour cela, le coup blanc 7 est important, et s’en suit la suite jusqu’en 16. Blanc réussit à diminuer le territoire noir tout en construisant de l’influence sur le bord supérieur. Si blanc ne joue pas le coup 7, on peut s’attendre à la suite suivante :

(Blanc 7 est joué ailleurs)

Ici noir développe facilement son mur car blanc doit répondre aux coups 8 et 10 de noir sous peine de se faire enfermé sur le bord. Ensuite avec le coup 12, noir développe élégamment son influence vers le bord droit du goban. Le potentiel de noir est bien plus imposant que celui de blanc !

Avec ces deux articles sur le coin nous avons pu survoler les 5 coups les plus joués dans le coin lors d’une partie de go et leurs implications. Encore une fois, connaître quelques josekis est intéressant pour avoir des repères lorsqu’on joue dans un coin. C’est pourquoi je recommande le site josekipedia, qui regroupe énormément de joseki différents. Il vous servira pour approfondir votre connaissance en terme de joseki !

 

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