Les coups de coin : hoshi, san-san et introduction à l’influence

Souvenez vous du proverbe évoqué dans l’article « Jouer ses premières parties »:

Le coin est d’or, le bord d’argent et le centre est un jardin publique.

Aujourd’hui, nous allons voir deux premiers coups possibles dans un coin : le hoshi et le san-san. Pour chacun d’eux, nous allons développer leur but et une suite de coups possible pour poursuivre dans le coin et sur le bord. Avant de présenter ces deux coups, nous allons voir une notion importante au go : l’influence.

Notion d’influence :

L’influence est un terme souvent utilisé pour parler d’un groupe de pierres rayonnant ou exerçant une force sur l’ensemble du goban. Ce groupe de pierres est généralement tourné vers le centre du goban.

L’influence est souvent le pendant du territoire et dans certaines séquences de coup, lorsqu’un joueur construit du territoire, l’autre développe son influence. Ces deux notions sont donc fortement liées.

Exemple :

Dans cette position, le groupe noir est tourné vers le centre et le bord supérieur du goban, tandis que le groupe blanc est tourné vers le bord. Avec son groupe, blanc possède des points quasi sûrs, car à la fin de la partie, noir aura du mal à réduire le territoire de blanc. Noir en revanche, ayant un groupe tourné vers le centre, ne fait pas de points immédiatement car ses pierres n’entourent aucune zone. En revanche, son groupe de pierres exerce une force ou une influence sur le goban. Mais quel est l’avantage d’une telle position ?

L’influence permet de venir en aide aux groupes faibles que l’on possède, d’attaquer les groupes faibles de l’adversaire ou de faciliter la construction de territoires.

Elle a donc plusieurs fonctions, c’est pour cela qu’elle peut être avantageuse ! Vous trouverez ci-dessous pour chacune de ces fonctions un exemple illustratif (certains peut-être surprenants).

Dans le cas de groupes faibles à aider, on peut prendre comme exemple un étudiant ayant un manque de confiance en soi. Pour essayer de regagner confiance en lui et donc de venir en aide à cette partie moins développée de lui même, il va essayer de s’appuyer sur ses points forts, par exemple jouer de la guitare, qui est une activité où il se sent bien. En se reposant sur ce point fort, il peut par exemple essayer de jouer dans un groupe de musique pour reprendre confiance en lui.

Au go, de la même manière, l’influence est un point fort qui permet aux groupes faibles de se tourner vers elle pour se développer.

Exemple :

Ici le groupe noir est attaqué par le groupe blanc, notamment par la pierre 1. Il se dirige donc avec la pierre 2 vers le centre, là où le groupe de pierres noires marquées exerce son influence, pour pouvoir s’extraire de l’attaque de blanc.

Dans le cas de groupes faibles à attaquer, on peut prendre l’exemple plus belliqueux d’une armée A voulant attaquer un groupe de l’armée ennemie B. Pour se faciliter la tache, l’armée A va essayer de pousser ce groupe à fuir vers ses propres forces, pour le prendre en tenailles. Ainsi, le petit groupe aura bien plus de mal à riposter, car il sera en position de faiblesse.

Exemple :

Noir attaque ici le groupe blanc avec 1, 3 et 5 en le poussant vers son influence exercée par le groupe marqué par les croix. Blanc est en position de faiblesse et de plus, noir arrive à agrandir son territoire sur le bord supérieur avec le coup 3 en attaquant blanc.

Enfin, dans le cas d’un large territoire à construire, on peut prendre l’exemple d’une femme voulant monter un projet professionnelle. Elle voudrait pour cela développer une activité professionnelle plus en accord avec elle même. De fait elle énumère ses potentialités : son expérience de chimiste et sa volonté de venir en aides au population en manque d’eau potable. Elle pense alors à l’idée de s’investir par exemple dans un projet de développement d’un nouveau matériau filtrant l’eau de mer. Elle a ainsi développé quelque chose qui lui correspond vraiment là où elle peut pleinement exprimer différentes facettes d’elle même !

Exemple :

Les pierres noires marquées exercent une forte influence sur le goban et notamment le bord supérieur, où noir peut essayer de construire un large territoire. Ici si blanc ne fait rien, l’influence de noir peut facilement se transformer en territoire !

Le Hoshi :

Le hoshi est le nom que l’on donne aux coups joués sur le point 4-4 du coin. C’est un coup porté sur l’influence qui est symétrique, c’est à dire qu’il ne privilégie aucun des deux bords adjacents.

Pour développer le hoshi sur le bord, noir peut jouer un coup près d’une des croix sur le diagramme ci-dessous. Si blanc veut réduire le potentiel de développement du hoshi sur les bords, il peut jouer sur une de ces croix également. Noir aura alors plus de mal à se développer sur le bord occupé par blanc. Si blanc arrive à jouer sur les deux bords, alors la pierre noire au hoshi aura beaucoup de mal à se développer sur les bords pour former un grand territoire, c’est pourquoi il est intéressant pour noir de jouer dans l’une des deux directions occupées par les croix.

Imaginons que noir est joué sur une des croix. Alors pour l’empêcher de jouer dans la direction de l’autre croix, blanc peut approcher le coin de noir et former une territoire qui empêchera noir de se développer .

Exemple :

Ici noir a déjà une pierre de hoshi et une pierre d’extension. Blanc approche le coin avec 1, noir décide de s’étendre en 2 pour consolider son territoire sur le bord supérieur. Blanc rentre dans le coin noir avec 3 et noir défend le coin avec 4 pour empêcher blanc de pénétrer plus profondément dans le coin. Blanc construit ensuite une base de vie avec 5 et prend une position sur le bord droit.

On appelle une telle séquence un joseki.

Un joseki est une séquence de coups développée par des joueurs de go qui permet d’atteindre un résultat équitable entre noir et blanc.

Ci-dessus par exemple, noir et blanc se partagent équitablement le coin et chacun développe une position sur un bord.

Il existe des milliers de josekis, de nombreux livres et recueils ont été publiés sur ce thème. Pour chaque joseki, des variantes existent, c’est pourquoi il est impossible de tous les connaitre. Le plus important lorsque l’on débute au go est d’en connaitre quelques-uns pour avoir des repères et développer des réflexes. Ensuite, décortiquer ces josekis est important pour comprendre l’implication et l’importance de chaque coup et l’aide d’un professeur peut être nécessaire.

Le san-san :

Le mot japonais san veut dire 3. En effet, le san-san est le nom qu’on donne aux coups joués sur le point 3-3 du coin. C’est un coup porté sur le territoire direct, qui est lui aussi symétrique. C’est le coup juste en dessous du hoshi sur la diagonale du goban.

Pour mieux voir pourquoi ce coup est porté sur le territoire direct, regardons le joseki suivant :

Ici, blanc approche le san-san noir avec le coup 1, joué sur le hoshi. Ensuite noir pousse en 2 pour se développer un peu sur le bord droit, blanc s’étend en 3 pour bloquer l’accès au centre de noir. Noir joue en 4 pour se développer sur le bord supérieur et blanc répond en 5 pour bloquer l’accès au centre de noir. Noir joue 6 pour se développer sur le bord droit, et blanc bloque encore l’accès au centre de noir avec le coup 7. On voit que dans ce joseki, blanc veut confiner noir dans le coin et lui fermer l’accès au centre, et noir s’étend sur les bords pour construit un territoire. C’est pourquoi le san-san permet de faire facilement du territoire.

Ce joseki permet de voir l’interdépendance entre influence et territoire, car ici noir développe uniquement son territoire tandis que blanc développe uniquement son influence.

Dans cette article, deux nouvelles thématiques importantes ont été introduites en plus du hoshi et du san-san :

  • La notion d’influence
  • Deux premiers josekis

Ces notions peuvent êtres difficiles à comprendre au premier abord, c’est pourquoi j’y reviendrais dans de prochains articles qui en traiteront plus en profondeur. J’ai choisi de les introduire ici car l’un des coups les plus joués de nos jours dans le coin est le hoshi, et qu’il est à mon sens impossible de parler de cette pierre sans introduire la notion d’influence. Concernant les josekis, je pense que lorsque l’on débute au go, il peuvent être intéressants pour avoir des repères lorsque l’on joue dans le coin.

J’espère que cet article vous a plus, n’hésitez pas à me poser des questions ou à le commenter !

Bonnes parties 🙂

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