Concept : l’aji

Nous présenterons dans cette article la notion de potentiel, ou aji en japonais. L’aji est une notion abstraite que l’on utilise pour qualifier une position sur le goban. Il n’est pas rare d’entendre des joueurs discuter en disant : « Hum, y’a de l’aji là ! » pour désigner une position où il y a quelque chose de possible, où ça sent le coup fourré …

Déterminer si il y a de l’aji dans une position se base sur deux aspects :

  • La lecture,
  • L’intuition.

Ces deux aspects se travaillent, le premier en s’exerçant aux tsumegos, l’autre aux tesujis et en regardant des parties de professionnel pour apprendre de nouvelles techniques et les deux en jouant beaucoup de parties. Dans cet article, nous soulignerons à l’aide d’exemples la différence entre « bon » et « mauvais » aji.

On appel « bon » aji une position où il n’y a pas (ou peu) d’aji. C’est-à-dire que aucun coup (tordu ou non) n’est possible plus tard dans cette position. On parle de « mauvais » aji dans le cas contraire. Nous verrons ici deux exemples, un simple pour expliquer le principe et un plus compliqué provenant d’un partie de professionnels.

Premier exemple :

Pour illustrer la notion d’aji, nous allons partir du diagramme ci-dessous :

Diagramme 1

Blanc a envahi le coin noir, et noir est solide à l’extérieur et possède une bonne influence. Dans cette position, on dit que noir a du bon « aji » car sa position est très solide et il n’y a pas vraiment de faiblesse que blanc peut exploiter. Voyons maintenant le diagramme 2 ci-dessous :

Diagramme 2

Ici, de part la position de la pierre blanche marquée, la position de noir est bien plus faible que précédemment. En effet, selon de bonnes circonstances, blanc peut sortir sa pierre en atari et détruire la position noire. Cette position fait intervenir un shicho. Si blanc sort, on retrouve la suite du shicho dans le diagramme ci-dessous :

Diagramme 3

Si le shicho est bon pour blanc, c’est la catastrophe pour noir ! Ainsi dans cette position, tant que noir n’aura pas capturé la pierre blanche, il devra constamment faire attention au shicho ! Effroyable non ?

Diagramme 4

On voit également dans le diagramme 4 que le geta Noir 3 ne marche pas. Après 3, A et B sont miai : l’un comme l’autre permettent de sauver les pierres blanches tout en capturant des pierres noires.

Ainsi, une différence d’une seule pierre dans une position permet de faire basculer l’aji de « bon » vers « mauvais ».

Deuxième exemple :

Voici une position d’une partie de Lee Changho 9p (noir) contre Park Yeonghun 9p (blanc), deux professionnels coréens,  jouée en 2013 à l’occasion du 8ième Siptan. Le Siptan était l’équivalent du titre Judan Japonais : c’était un tournoi Coréen rapide où chaque joueur a comme temps initial 10 min et un byo yomi de 5 périodes de 40 secondes. Ce tournoi né en 2005/2006 a dû être arrêté en 2014.

Diagramme 1

Dans la partie, Noir vient d’envahir le bord supérieur avec 1, et Blanc pousse noir avec 2 pour l’obliger à faire une extension de deux intervalles avec 3. Blanc joue alors 4, qui est un coup agressif visant à attaquer la base de vie des deux pierres Noires tout en protégeant le coin. Contre ce coup, 5 est un tesuji ! En effet, si Blanc veut continuer à attaquer noir, il doit jouer 6. Noir répond de manière légère en 7 et 9.

Mais pourquoi le coup 5 est-il si intéressant ?

La première impression est que l’échange Noir 5 pour Blanc 6 affaiblie les deux pierres noir sur le bord, et c’est le cas. Mais ici, Noir est dans la sphère d’influence blanche car Blanc est solide à gauche et à droite. Il doit donc gérer son groupe de manière légère, c’est pourquoi il répond en 7 et 9.

Après cette séquence, la pierre 5 fait qu’il y a du mauvais aji dans le coin Blanc. Regardons le diagramme 2 :

Diagramme 2

C’est la même partie, mais quelques coups plus tard. Noir a jouer des pierres sur le bord droit, qui permettent de « réactiver » la pierre 5 du diagramme 1 dans le coin Blanc. Grace à l’échange 10, 11 et 12, si Blanc ne protège pas en A directement, Noir peut lui-même descendre en A pour connecter sa pierre et détruire le coin Blanc. Regardons maintenant le diagramme 3 :

Diagramme 3

Ici, c’est la même position que le diagramme précédent, mais les échanges Noir A pour Blanc B n’ont pas été fait. Lorsque Noir échange 1 pour 2 et ensuite revient en 3, cette fois contre le coup Noir en C, Blanc peut choisir de descendre et garder son coin. On voit donc qu’ici, du fait qu’il n’y ai plus la pierre Noir en A, cette échange de coups (1, 2 et 3) est moins sévère contre Blanc. La présence de la pierre en A est donc primordiale ici !

Mais l’une des difficulté dans l’utilisation de l’aji est le timing : il est important d’utiliser l’aji dans une position au bond moment, ou de faire un échange de coups créant de l’aji dans une position au bon moment.

Diagramme 4

Reprenons avec le diagramme 4 précédent. Cette fois, contre le coup Blanc 1, Noir fait directement un tobi pour sortir son groupe et Blanc consolide son coin avec le coup 2. A ce moment, si Noir joue le coup 3, Blanc peut répondre solidement en 4. Noté la différence avec la position étudiée précédemment : cette fois, l’aji dans le coin est bien plus limité !

Ici donc, jouer le coup Noir 4 un coup trop tard fait qu’il y a beaucoup moins de mauvais aji dans la position blanche. Le timing est donc crucial ! Dans un prochain article, nous verrons plus en profondeur la notion d’aji par l’analyse de positions dans des parties de professionnels.

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